#BalanceTonPorc et ferme-la !

Depuis quelques jours, le hashtag #balancetonporc devient un phénomène social. Une sorte de petite révolution féministe.
Et c’est très bien.
Malgré tout, il y a encore des cons pour la ramener. Alors que ça serait un peu le moment de s’écraser.

Street art rue d’Aubervilliers à Paris

#BalanceTonPorc…


Nous vivons une époque formidable où un président se vante d’attraper les femmes par la chatte, où un magnat hollywoodien se révèle être un déchet de l’humanité et où un cinéaste danois est dénoncé publiquement pour son comportement dégueulasse. Entre autres.
Le harcèlement et les comportements indécents sont (ENFIN) montrés du doigt. Par-dessus tout, le hashtag #balancetonporc permet à des victimes trop souvent silencieuses de prendre la parole. Certes, celles qui le font sont généralement déjà des personnes publiques habituées à s’exprimer publiquement.
Pas grave.
Les lois de la physique sont ce qu’elles sont. PA=ρf×Vf×g.

Des féministes gueulardes


Alors forcément, dès qu’un sujet concernant les femmes est d’actualité, la première réponse est le dédain. Féministes aux jambes poilues et aux aisselles mal rasées.
D’accord, ça dérange. En même temps, ça dérange peut-être parce que ça fait mal.
J’ai entendu quelqu’un dire au café que quand on a un bouton sur le cul, on évite de le montrer en public. Visiblement, il n’a jamais vu de gens se gratter le postérieur en public. C’est, somme toute, assez courant.


Un silence cruel alors que la parole est le remède


« Pourquoi toutes ces connes décident d’un seul coup de se réveiller, hein ? » me demandait judicieusement l’inventeur de la poétique image du bouton aux fesses.
J’aurais pu lui répondre « trainée de poudre », « effet domino » et toutes ces métaphores bien plates, parce que ce qu’elles sont vraies. Il est difficile pour une femme de parler de ce genre de chose. Pudeur naturelle, moquerie de ceux qui devraient être présents pour l’écouter, raillerie de ses proches, revanche et pression de ses collègues. Hommes comme femmes, parce que la solidarité féminine est aussi ténue que la solidarité masculine. En réalité, la liste est interminable.
Il aura suffi que quelqu’un ouvre la boite de Pandore. Et soudain, des femmes et des hommes prennent la parole.
C’est moche, mais c’est comme ça. Et c’est bien que ça arrive ; ENFIN !
Twitter ne sert fondamentalement à rien, mais il aura au moins servi à ça.


… et ferme-la !


La deuxième réaction attendue vient des braves gens indignés.
« Moi aussi je connais ça ! #balancetatruie »
« Pendant la guerre, on aurait dit de libérer la parole aussi, #dénoncetonjuif, ça aurait été parfait. »
« Nous ne sommes pas tous des ordures » suivi d’une « bande de salopes » muet, mais qui s’entend pourtant très bien.

Moi, moi, moi, moi !


« Moi aussi, en tant qu’homme, j’ai été harcelé. »
Je ne vous sors pas ça d’une délétère conversation de bistrot avec un abruti aviné en fin de matinée, mais d’une soirée avec une amie il y a quelques semaines. Je lui racontais le comportement parfois très limites des nanas croisées après la fermeture des bars. Oui, parce que s’il y a un point sur lequel l’égalité entre les femmes et les hommes a été atteinte, c’est bien la connerie. Même si c’est sans doute mon côté misanthrope qui s’exprime.
Donc, oui, j’ai déjà subi des comportements qui me donnent envie de claquer des gueules : entrejambe et fesses agrippés, propos déplacés, toutes ces conneries. J’ai envie de dire, à qui n’est-ce pas arrivé ? Mais ce n’est pas exactement le moment (notez que je l’ai tout de même dit).
Toutefois, la différence est énorme. Je suis un homme dans une société patriarcale et très machiste. Quand j’en parle, soit on m’en tape cinq, soit on compatit. Tout dépend de qui se trouve en face. Ouais, parce qu’une meuf qui aime la bite, c’est cool !
Bref.
Quand cela arrive à une femme, elle est le plus souvent dénigrée, malmenée, moquée, rabaissée. Vous imaginez comment ça bouillonne là-dedans ? Le sentiment d’injustice et d’impuissance ?
Je ne fais pas une échelle de valeurs : un comportement déplacé n’a pas de genre. Je procède à une simple remarque. Notre société arme mieux les hommes pour faire face à ces situations. Autant qu’elle désarme les femmes.
Alors que les femmes ouvrent leurs gueules, mais allez-y ! Ce sont elles les plus vulnérables dans cette situation. Et il ne s’agit pas d’un concours de bite. Alors, laissez-les mener leur barque et fermez vos gueules, par pitié !

Les mecs bien, ça existe aussi


Je ne sais plus où j’ai lu l’indignation des mecs bien, blessés par l’amalgame. Belle connerie, ça aussi.
Je vais utiliser des métaphores. J’aime bien, les métaphores. J’aurais fait un très bon Jésus si ce n’était pour ma crainte irrationnelle de la crucifixion et mon athéisme rampant.
Vous amenez votre voiture chez le garagiste parce que l’embrayage est pété. Et il vous rétorque que les phares fonctionnent très bien, merde, de quoi vous vous plaignez ?
Vous avez pigé la subtile analogie ?
Quand quelque chose ne va pas, on s’y attaque. Point barre.
Et je ne parle pas de l’absence totale de suspicion que provoque une telle réaction (ironie). Quand on dit qu’on va tabasser les voleurs, le premier qui s’en prend une est généralement celui qui hurle « Moi, j’ai rien volé, moi ! »
On ne vous demande pas non plus d’oublier ce qui se passe ailleurs. Un problème n’en chasse pas un autre. Enfin, chez les gens normaux. Ce n’est pas parce qu’on #balancetonporc qu’on oublie les victimes d’attentats, par exemple.



Voilà. C’était un rapide coup de gueule.
Peut-être ai-je trop regardé d’épisodes de Zorro. C’est possible. On ne me retirera cependant pas de la tête qu’il est de notre devoir de s’entraider, de soutenir ceux qui vivent la précarité, quelle qu’elle soit. La lutte des classes n’est pas morte, elle a juste changé de visage(s).
Mesdames — et je ne m’adresse pas aux professionnelles de l’expression publique, mais bien à l’immense majorité des silencieuses —, je vous en supplie, ouvrez vos gueules. Et messieurs ? Fermez-la.
Une dernière chose. Faisons un exercice, voulez-vous ? Tentons de réfléchir cinq minutes (c’est long, cinq minutes), voir si, à tout hasard, une fois ou plus, notre nom ne pourrait pas être associé au hashtag #balancetonporc. J’ai personnellement deux ou trois anecdotes douloureuses dont je ne suis pas particulièrement fier. Et vous ?


Dead Man JM

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