#BlackLivesMatter… or not

Non, ce n’est pas une revendication, simplement une constatation aigrie.
Quel trou de balle pourrait penser l’inverse ?
Question idiote, car une liste mentale se forme et elle s’allonge de minute en minute…
Mais bon.
Avec le décès d’Alton Sterling mardi 5 juillet à Baton Rouge, en Louisiane, comme je le disais, Black Lives Matter, mais pas tant que ça.

#BlackLivesMatter, petit Blanc de France ? Qu’est-ce que tu en as à foutre ?


Premièrement, interlocuteur imaginaire, je t’emmerde. Deuxièmement, quel trou de balle…
Oui, bon.
Retour de la liste.

Déjà, il serait dramatique qu’un être humain ne se sente pas concerné par le sort d’autres êtres humains pour une simple question de distance, de nationalité, de couleur de peau, de religion, de sexualité ou que sais-je encore.

Voir la fin du ramadan endeuillée par des attentats me peine. Pourtant je ne suis pas musulman (et on peut même affirmer sans risque que les religions, je m’en fous) et ça ne se passe pas à côté de chez moi. Mais je ne suis pas sociopathe.
Voir qu’un club gay se fait dézinguer, pour quelque raison que ce soit, me peine. Pourtant je ne suis pas gay (et on peut même affirmer sans risque que la sexualité des autres, je m’en fous) et ça ne se passe pas à côté de chez moi ; même si je suis déjà allé plusieurs fois à Orlando. Mais je ne suis pas sociopathe.

Si je m’octroie le droit de me moquer de tout ce qui me passe par la tête, alors n’importe qui a le droit d’être différent et de ne pas penser comme moi. Déjà, pour la simple et bonne raison que sinon, je ne pourrais pas me moquer.

# BlackLivesMatter… or not


Les vies noires comptent… ou pas.
Encore une fois, constatation aigrie.

Alton Sterling abattu mardi 5 juillet à Baton Rouge, en Louisiane


Non, je ne le connaissais pas.

Du tout.
Selon The Advocate feuille de chou basée à Baton Rouge est distribué quotidiennement à La Nouvelle-Orléans —, un appel d’un anonyme indiquait à la police avoir été menacé avec une arme à feu par un homme vêtu d’un tee-shirt rouge et qui vendait des CDs. 
Une vidéo montre deux policiers bien énervés interpeller sans ménagement un type qui n’a pas l’air de bien comprendre ce qui se passe. En deux temps, trois mouvements, il est plaqué au sol et maîtrisé. Un flic hurle qu’il est armé. Coups de feu, l’interpellé est mort.
Bien entendu, les deux policiers ont malencontreusement perdu leurs caméras. Tous les deux, au même moment. C’est ballot.



Alton Sterling a été décrit par ses proches comme un homme « gentil », « respectable » et « généreux ». Peut-être était-ce vrai, peut-être était-ce faux. On s’en fout, là n’est pas la question.

129 Noirs ont été tués par armes à feu par des policiers aux États-Unis depuis le début de l’année 2016


Autant c’est tragique pour Alton Sterling, ses proches et l’humanité en général, autant c’est d’une banalité affligeante.
D’après The Counted, une base de données de The Guardian — respectable quotidien anglais que je refuse de lire tant que je n’aurais pas vu son visa — recensant les gens tués par la police aux USA, 129 Noirs ont été tués par armes à feu par des policiers aux États-Unis depuis le début de l’année 2016. Sur un total de 135.


Je lis le commentaire désopilant d’un certain Maurice92 sur Le Figaro (le 06/07/2016 à 15 h 42) :


Il y a aussi des bavures envers des Américains d’origine européenne, statistiquement en nombre similaire compte tenu des taux de criminalités répertoriés. Alors un enregistrement vidéo, dont les conditions de réalisation sont invérifiables, ne pèse pas bien lourd face à ces faits. Il conviendrait de s’interroger sur les raisons qui peuvent pousser une personne — et plus généralement les médias américains — à encourager les tensions entre communautés.

Ce qui me donne envie de lui répondre : « Imbécile ! » Mais à la place, je vais lui dire 558 personnes le 6 juillet depuis le début de l’année 2016 :

  • 12 asiatiques (5,3 % de la population en 2013)
  • 13 natifs (0,9 % de la population en 2010)
  • 54 hispaniques (17,1 % de la population en 2013)
  • 135 noirs (13,2 % de la population en 2013)
  • 267 blancs (62,6 % de la population en 2013)


D’où mon observation que les vies noires ne comptent pas tant que ça.

Le rapport entre Black Lives Matter et Dead-Men ?


Directement ? Aucun.

À part le bon sens.

Toutefois, laissez-moi vous narrer une petite anecdote que je trouve amusante. Et qui vous amusera probablement si vous avez l’humour noir bien ancré.

Les « Nègres » dans Dead Men’s Tales


Dead Men’s Tales se déroule aux alentours de 1680.
Il s’agit d’une histoire de pirates alors que la société des flibustiers menée par Henry Morgan est sur le déclin. C’est aussi l’époque où le commerce des esclaves venus d’Afrique explose. Avant, ils passaient par le Sahara. Désormais, ils sont convoyés par la mer depuis des comptoirs.
À cette époque, la vie d’un esclave noir valait quinze livres.

Nous disposons d’une petite dizaine de bêta lecteurs. Et tous — à une exception près — ont été choqués par l’emploi quasi systématique des termes « Nègre » et « bois d’ébène ».
C’est à la fois rassurant (pour des raisons évidentes) et inquiétant (parce que le politiquement correct, c’est un peu comme les religions). Ces expressions étaient consacrées et communes en 1680. Elles ne sont pas employées à la légère, elles servent au contraire à souligner certains états d’esprit. Donc, au passage, elles resteront couchées telles quelles.

C’était il y a quatre siècles


Dead Men’s Tales se déroule à la fin du dix-septième siècle. Au début du vingt-et-unième, en définitive, ça n’a pas tellement changé.
Dans la forme, si.
Dans le fond ?
Et bien, 129 Noirs ont été tués par armes à feu par des policiers aux États-Unis depuis le début de l’année 2016, je le répète.

D’accord. La vie d’un Noir ne vaut plus 15 livres. Mais ça, ma bonne dame, les cours évoluent !

J’abuse


Oui, mais pas tant que ça.

Discussion anodine tandis que je faisais la queue dans un magasin au lieu d’être peinard assis à la terrasse d’un café. Un couple, juste derrière moi, penché sur un smartphone, commente un article sur le décès d’Alton Sterling.


« Ouais, d’accord ! Quand même, il avait une arme », stipule la jeune femme.
Certes. Ce qui n’est malheureusement absolument pas illégal en Louisiane. Et Alton Sterling ne l’a pas brandie : le pistolet a été retrouvé un peu plus tard dans l’une de ses poches.

« En plus, il avait aussi un casier judiciaire », remarque le jeune homme.
Je n’en sais rien : tout ce que j’ai pu lire précise qu’il avait déjà eu plusieurs fois affaire à la justice. J’imagine donc qu’il devait en effet avoir un casier. Il a été accusé et condamné pour vandalisme, effraction, possession de marijuana et violence domestique.

Ce n’était pas un saint.
Et alors ? Certains font pire, nuisent au monde et il y en a parmi vous qui votent pour eux.
Quels que soient ses antécédents, ils ne justifient pas d’être flingués au sol.

D’ailleurs, pour la petite histoire, le couple derrière moi, avec sa moralité supérieure et écrasante, a discrètement dérobé un paquet de piles. C’est du vol à l’étalage, condamné par la loi.
Comme quoi…

Précisons que si Alton Starling avait été blanc, on en aurait sans doute moins parlé et cela aurait été tout aussi tragique.
En même temps, s’il avait été blanc, statistiquement, il n’aurait sans doute pas été flingué ou même interpellé.

Et si vous voulez palper directement la médiocrité humaine, je vous invite à parcourir les commentaires de cet article sélectionné dans un grand quotidien français ; c’est à vomir :


« Je m’en fous, ce sont des crétins d’Américains ! » (interlocuteur imaginaire)


Félicitations, ton nom vient grossir la liste des trous de balle mentionnée en début d’article.



Dead Man JM

0 réponse sur “#BlackLivesMatter… or not”

  1. Wow, je pars en vacances et tu montes au front ! 🙂
    J'ai toujours aimé la manière que tu as de mélanger de la provocation éhontée avec de la pensée raisonnée, d'utiliser un contra-argument comme argument.

    Après notre discussion, j'étais certaine que la triste affaire de Sterling t'énerverait : je ne me suis pas trompée !

    Parce que, chers lecteurs, je peux vous garantir une chose : notre DM JM est furieux.

    DWS

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