La Mort de Staline de Armando Iannucci (2017)

Continuons donc avec notre informelle série d’articles sur la bande dessinée franco-belge adaptée au cinéma. Après le désastre annoncé de Les Aventures de Spirou et Fantasio de Alexandre Coffre (2018), je vais tenter de remonter la barre avec La Mort de Staline de Armando Iannucci.

Je ne prends aucun risque, puisque le film est un petit bijou. Voilà, si c’est tout ce que vous vouliez savoir, vous pouvez passer à autre chose dès à présent.

La mort du petit père dépeuple

La Mort de Staline

Le pitch de cette comédie noir et absurde est d’une simplicité redoutable : suivre les péripéties sanglantes des membres du Politbureau soviétique pour prendre le pouvoir après le décès de Iossif Vissarionovitch Djougachvili dit Staline.

Du papier à la toile

La Mort de Staline de Armando Iannucci est une adaptation de l’excellente bande dessinée éponyme créée par le dessinateur Thierry Robin et le scénariste Fabien Nury. Elle est publiée chez Dargaud. Et oui, elle est fantastique, donc courez vous la procurer chez votre libraire, je vous attends ici.

Vous avez terminé ? Bien. Je reprends.

J’ignore quel est le succès depuis sa sortie (entre 2010 et 2012) en librairie de la BD La Mort de Staline. Je toutefois peux vous dire qu’elle est très populaire au Village du Livre de la Fête de l’Humanité, ce qui est un signe : elle y figure tous les ans en sélection, et elle est systématiquement pillée.

La Mort de Staline

La Mort de Staline contre La Mort de Staline

Autant Les Aventures de Spirou et Fantasio de Alexandre Coffre est l’exemple désastreux d’une adaptation qui ne respecte pas le matériau source, autant La Mort de Staline de Armando Iannucci incarne l’exemple inverse. Le film ne trahit pas la bande dessinée. C’est une adaptation, une vraie, fidèle à l’esprit de l’œuvre tout en l’ajustant pour les besoins du grand écran. En fait, c’est un cas d’école de la démarche à suivre lorsqu’on adapte une œuvre littéraire à l’écran.

Пролетарии всех стран, соединяйтесь!

L’anglais Armando Iannucci n’est pas un débutant de la satire politique. C’était déjà lui derrière la remarquable série The Thick of It et du film qui en a découlé, In the Loop.

La Mort de Staline

Une chose est certaine, le bonhomme sait choisir ses acteurs ! Jetez un œil au casting de rêve :

  • Jeffrey Tambor : Gueorgui Malenkov
  • Steve Buscemi : Nikita Khrouchtchev
  • Olga Kurylenko : Maria Youdina
  • Michael Palin : Viatcheslav Molotov
  • Jason Isaacs : Gueorgui Joukov
  • Simon Russell Beale : Lavrenti Beria
  • Paddy Considine   Andrei Andreiev
  • Andrea Riseborough : Svetlana Allilouieva
  • Rupert Friend : Vassili Djougachvili
  • Paul Whitehouse: Anastas Mikoyan
  • Dermot Crawley : Lazare Kaganovitch

La Mort de Staline

Mieux ! Quitte à choisir des acteurs avec de fortes personnalités, Iannucci a pris le parti de les laisser s’exprimer. Le langage est vert, les dialogues sont enlevés, les accents respectifs sont conservés. Tout cela donne un dynamisme savoureux, épaulé par une cinématographie efficace et un montage juste au service de la narration.

On retrouve pêle-mêle le meilleur de beaucoup de mondes. Des plans inspirés des planches de la BD ponctuent des scènes qui font penser à du vaudeville, que soutient régulièrement une caméra plus baladeuse. Iannucci n’a aucune volonté de créer le plan de malade qui figurera dans les manuels cinématographiques, mais il sert toujours son sujet avec une efficacité redoutable. En un mot, c’est propre.

Résultat ? Une heure et quarante-cinq minutes d’humour noir et de satire débridée.

Mes coups de cœur personnels vont à Michael Palin, qui incarne un Molotov halluciné et touchant, et à Jason Isaacs qui transforme Joukov en protohooligan du Manchester United.

La Mort de Staline

Prolétaires de tous les pays, chamboulez tout !

Staline alive

Signe du succès de l’entreprise, les conservateurs russes ont grincé des dents au point de rendre un hommage involontaire à l’œuvre inestimable du camarade Staline.

La Mort de Staline

Une vingtaine de personnalités russes (dont le cinéaste Nikita Mikhalkov et Era Joukova, la fille du général soviétique Gueorgui Joukov) ont demandé « d’organiser une expertise juridique supplémentaire et d’ici là de suspendre la licence de distribution du film ».

Le ministère russe de la Culture a annulé la sortie du film deux jours avant sa date prévue. La qualifiant d’offensante et d’extrémiste après lui avoir collé une interdiction aux moins de 18 ans.

La Mort de Staline

Choisis ton camp, camarade !

Faire rire avec des exécutions sommaires et un génocide demande au spectateur une certaine souplesse.
Ceux qui recherchent une pantalonnade grasse et des fous rires seront déçus. Ceux qui savent apprécier le ridicule grinçant des situations et l’absurde sinistre de la bassesse humaine à la sauce britannique seront servis.

 

DM JM

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