Les Aventures de Spirou et Fantasio de Alexandre Coffre (2018)

Non, sérieusement. J’ai vu Les Aventures de Spirou et Fantasio de Alexandre Coffre.
Pire, je l’ai vu APRÈS qu’un ami qui partage mon amour du cinéma français moderne m’ait fortement déconseillé de le faire.
Encore pire, je l’ai vu avec des enfants.
En fan de la BD éponyme depuis plus de 35 ans, je m’attendais au pire. Et bien, je n’ai pas été déçu.

Mise en contexte

Je dois mettre le décor en place. Déjà parce que c’est plus intéressant que le film. Ensuite parce que mon ego le réclame à corps et à cris. J’ai ma fierté, mine de rien.

J’ai vu Les Aventures de Spirou et Fantasio avec un ami, sa fille de huit ans et son fils de dix ans. Son épouse était avec nous tout au début, mais elle n’est pas restée ; ce qui prouve bien la supériorité du sexe féminin sur le nôtre.

Spirou et Fantasio
Les… gens (c’est un bien grand mot) qui sont censés incarner Spirou et Fantasio. Je tiens à le préciser, car ce n’est pas évident au premier abord.

Quand tu regardes l’abîme, généralement tu t’emmerdes

Une heure et vingt minutes. Tu t’emmerdes pendant une heure et vingt minutes ; c’est le temps que dure l’abîme… le film.
Une heure vingt durant lesquelles j’aurais pu faire un truc utile, genre comploter pour renverser le gouvernement.

Et que s’est-il passé durant ces quatre-vingts minutes ? Rien de bien mémorable, en fait. Ah si ! Le petit garçon nous a demandé à maintes reprises si on pouvait changer parce qu’il s’ennuyait. Et sa sœur, qui en pince légèrement pour Spirou (le vrai en papier, pas la pelle à tarte sur l’écran), a pleuré.

Les Aventures de Spirou et Fantasio, là-haut avec les plus grands

Oui, je classe le métrage d’Alexandre Coffre avec Le Septième Sceau (Det sjunde inseglet pour ceux qui ont du mal avec le français), Lawrence d’ArabieDouze hommes en colère, Vertigo et Top Gun.

Les Aventures de Spirou et Fantasio

Tiens, justement ! Même Lawrence d’Arabie, trois heures quarante-huit minutes, m’a paru moins long. C’est bien simple : pour me distraire, je regardais la gamine pleurer.
Il faut dire que la pauvrette, avec la simplicité de ses huit ans, ne comprenait pas pourquoi Spirou était lâche et méchant. Oui, parce qu’il est plutôt lâche dans la vision de Coffre. Et que c’est un voleur. Or, dans les brumes de l’esprit d’un enfant de huit ans, un voleur est un méchant. De fait, elle avait ses premiers émois sexuels avec un pleutre malhonnête.
Dur.
Et ça, de la part d’une gamine qui trouve normal de télécharger des films sans VPN et que ses parents ont surprise une fois à regarder du porno. Ça devrait vous dire deux choses importantes :

  1. mon pote est un père indigne, et je vais appeler la DDASS à la première heure ;
  2. Les Aventures de Spirou et Fantasio est vraiment un très mauvais film.

Une kyrielle de gens qui n’ont jamais entendu parler de Darwin

Les Aventures de Spirou et Fantasio

Devant mes yeux ébahis d’enfant (allégorie) qu’on viole (métaphoriquement) sans ménagement, Les Aventures de Spirou et Fantasio fait défiler un tas d’acteurs (et je m’excuse d’avance auprès de la profession) que je ne connais pas ou que j’aurais préféré ne jamais connaître. Un Christian Clavier bedonnant et un Ramzy Bedia à côté de la plaque côtoient d’illustres inconnus comme Monsieur Poulpe (déjà, ce n’est pas une blague, ensuite ne cherchez pas : sa carrière est à la hauteur du film), Charlote Gabris, Géraldine Nakache ou encore les tenanciers du titre, Thomas Solivérès et Alex Lutz.
D’accord, tous ne sont pas des inconnus, bien qu’ils le mériteraient.
Mais tous partagent le même talent pour la comédie, le sens du rythme d’Alexandre Coffre et la verve savoureuse des scénaristes.

Souiller Franquin

Le tout est, bien entendu, desservi par une cinématographie digne des plus grandes productions TF1, avec les faux raccords de rigueur.
Et jamais le film ne se prive de rendre hommage avec morgue à André Franquin, qui popularisa le personnage, en rappelant le plus souvent douloureusement que lui, il maîtrisait son sujet à tous les niveaux.
Ce n’est pas uniquement une adaptation ratée, Les Aventures de Spirou et Fantasio est également de la merde. Je veux bien protéger l’exception culturelle française, mais passé un certain stade, si c’est pour produire ça, faudrait envisager de l’abattre.

Les Aventures de Spirou et Fantasio

Au point que ça en devient marrant d’entendre Alexandre Coffre déclarer devant les micros d’AlloCiné :

« Faire un film. Avant tout. Voilà. Faire un film qui me plaise, un film dont je sois fier. C’était pour moi la chose la plus importante. »

Chaud.
J’espère pour lui qu’il n’a pas tout misé sur le cinéma et qu’il s’est gardé une voie de garage comme VRP de slips d’occasion au cas où.

Mais on atteint le sommet du rouleau (ou le bout du gouffre) lorsque Géraldine Nakache déclare sans ciller :

« Choisir Ramzy et le transformer ainsi pour qu’il joue Zorglub, c’est raccord à la BD. Choisir Thomas Solivérès et Alex Lutz, c’est super raccord aux personnages. Vraiment, ils leur ressemblent, quoi. Même le comte de Champignac, Christian Clavier, c’est incroyable ! »

Oui. C’est incroyable.
Au point que j’en suis gêné pour eux.

Honnêtement ! Je vous balance le trailer, vous vous ferez une idée. Sachant qu’il est mieux que le film, il ne vous privera pas d’être déçus.

Une occasion pédagogique inouïe

Je dis ça, parce qu’expliquer à une enfant de huit ans, c’est-à-dire une protopersonne pour qui le concept de la purée est encore complexe, que Spirou n’est pas un policier municipal, mais que c’est une interprétation ratée (moderne, fantaisiste et bon enfant, dirait Isabelle Regnier du journal Le Monde) d’un personnage qu’elle affectionne, et que comme Donald Trump, il ne faut pas trop y prêter attention… et bien c’est coton.

En réalité, le seul (énorme) avantage de Les Aventures de Spirou et Fantasio, c’est qu’on sait qu’il n’y aura pas de suite.
Quoi qu’il en soit, une fois les mouflets couchés, nous ricanions déjà à l’idée de leur montrer le prochain désastre sur notre liste : Gaston Lagaffe.

Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour inciter les marmots à lire !

 

DM JM

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