Ni bien courageux, ni bien brave

Depuis les massacres du 13 novembre 2015 à Paris, la France est dans une crise d’hystérie à la fois sourde et muette. C’est incroyable.

En fait, ça a commencé bien avant. Bien avant Charlie Hebdo, même.
C’est un politique de destruction par l’intérieur, et ça ne se met pas en place en deux dates, aussi marquantes soient-elles.


Pourquoi parle-t-on de ça ici ?


Déjà, parce que ça nous concerne tous. Ensuite parce qu’avec les livres de la série Dead Men centrés autours de la liberté, c’est un peu logique, non ?
Au sein de Dead-Men, nous essayons de développer un espace tolérant et ouvert. Nous ne sommes que de misérables humains et je ne prétends pas que nous y arrivons systématiquement, ni de manière pertinente. Mais nous essayons. Avec un principe, réfléchir et prendre du recul. Correction : essayer de réfléchir et de prendre du recul. Encore une fois, nous ne sommes que de misérables humains.
Et au sein du collectif, les discussions vont bon train. Les points de vue diffèrent (heureusement), mais la base est la même, humaniste et républicaine.

En fait, il y eut deux éléments déclencheurs :
  1. Dead Man Paul qui, lundi 16 novembre, rentre comme une fleur de week-end pour tout découvrir avec trois jours de retard.
  2. Moi, qui me suis fait insulter pour avoir oser dire que les attentats de Paris sont aussi atroces que ceux qui pullulent quotidiennement à travers le monde mais dont tout le monde se fout. Pensez donc, j’ai osé remettre en question la suprématie occidentale, mettre en rapport notre importance avec celle de sous-civilisations bougnoules, niakouées, enturbannées et que sais-je encore comme insultes racistes pour définir ces « autres », par définition inférieurs. Oui, l’Inde, la Turquie, le monde arabe, tout le monde s’en fout. Pire, c’est normal quand ça arrive chez eux.

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13 novembre 2015. État d’urgence.
Une seconde, pourquoi l’état d’urgence et pas l’état de siège, par exemple ?
Selon l’historienne de la guerre d’Algérie Sylvie Thénault, « L’état d’urgence est introduit dans le droit français en tant que nouvel état juridique à mi chemin entre le droit commun (qui caractérise la paix) et l’état de siège qui caractérise la guerre.« 
Simple, on opte pour l’état d’urgence plutôt que pour l’état de siège lorsqu’on veut taire l’existence de l’ennemi et lui nier le statut de combattant. C’est déjà durant la guerre d’Algérie. Tout ça pour quoi, nier à ISIS ( l’État Islamique) le statut d’état ? Au nom de la politique de l’autruche, en somme ? C’est vrai que c’est le moment d’appliquer les spécialités culinaires sud-africaines ou kenyanes.

Encore plus simple : on choisit la propagande et la loi qui nous arrange, de préférence pour mieux la distordre.
Pour preuve, le projet de loi sur l’état d’urgence déposé le jeudi 19 novembre à l’Assemblée nationale sans aucune occasion de discussion ou de débat stipule : « Le régime des assignations à résidence est modernisé et élargi à toute personne à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre public.« 
Il ne s’agit pas de faits avérés, de preuves, mais de raisons sérieuses de penser. Plus flou, tu meurs.

Autre avantage, tout ce qui est habituellement régi par la loi… et bien on s’en contre-tape, on peu le faire. Perquisitions, interdictions, fichage, restrictions des libertés, toutes ces joyeusetés sont permises. Et pratiquées.
Et si on en profiter pour faire passer quelques lois iniques qui fleurent bon la bonne vieille droite réactionnaire ? Pourquoi pas ! C’est le moment, après tout.
Quelqu’un ouvre sa grande gueule pour, disons au hasard, critiquer la gestion des attentats ? On le vire.
Tout un tas de mesures liberticides et inutiles dont la liste est interminable. Vous vous sentez réellement plus en sécurité ? Et surtout, l’êtes-vous ? Une seule chose est certaine, vous êtes moins libres. Et moins tolérants, moins humains. 

Ce qui vraiment, vraiment, est le top de la crème, ce qui me rend l’être humain détestable, c’est que tout cela se passe sans que (presque) personne ne s’en offusque, sans que personne réagisse, en bons vieux moutons peureux que nous sommes. Et avec cette insulte, je présente aussi toutes mes excuses à ceux pour qui ce n’est pas le cas

Inutile de se lancer dans un débat d’opinions. De toute façon, nous partons perdants dans l’opinion publique, qui va rétorquer ce bon vieil adage si cher à l’extrême-droite : « On n’a qu’à tout laisser faire, alors, tout permettre ! » Fin de la discussion, l’argument est clos par la sottise humaine.

De plus en plus souvent, je regarde ce qui se passe et la phrase de Franklin me revient en tête. Sporadiquement, au début. Puis plus régulièrement jusqu’à ce que ce soit plusieurs fois par jour. « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.« 
Ce qui me fait penser, n’est-ce pas là le but du terrorisme ?
Oui. L’Histoire ne se répète pas, mais elle radote.

Alors je suis désolé, mais la seule conclusion que je tire des massacres du 13 novembre 2015 à Paris et de la manière dont la France a réagi, c’est que nous ne sommes ni bien courageux, ni bien braves. Et que de fait, pour le coup, l’opération terroriste est un succès : on nous a demandé de nous saborder, alors nous le faisons.

Un dernier conseil ? Lisez V pour Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd. Et si vous ne savez pas lire, regardez au moins le film…




Dead Man JM

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