Présidentielles 2017 : et les femmes dans tout ça ?


Tout le monde à bord s’acharne sur Emmanuel Macron. Je trouve ça un peu triste de s’en prendre de la sorte à l’idiot du village. C’est sans doute mon éducation qui reprend le dessus.
Ce qui me choque, à part le niveau général du débat et la, euh, comment dire ? La qualité de certaines personnes politiques, c’est le traitement de la question des femmes.
Éplucher les programmes des candidats, vous n’y trouverez souvent que le minimum syndical.

Femmes et hommes, l’égalité en question (INSEE, édition 2017)


L’INSEE a présenté le 7 mars 2017 la mise à jour de son enquête « Femmes et hommes, l’égalité en question ». Un travail sur dix années qui présente les inégalités à travers des parcours d’hommes et de femmes.
Voici un bref récapitulatif.


En 2015, 55 % des étudiants inscrits dans des études supérieures sont des femmes


En 2015, les femmes représentaient 55 % des étudiants inscrits dans des études supérieures. Pourtant, elles sont minoritaires dans les cursus sélectifs et scientifiques. Même si sans surprise, elles représentent les deux tiers des étudiants en médecine.

En 2013, 9,5 % des femmes actives sont au chômage contre 10,5 % des hommes


Depuis 2013, la situation s’est inversée par rapport aux années 1970. Bien entendu, les femmes sont aujourd’hui beaucoup plus diplômées qu’il y a quarante ans. Aussi, le secteur tertiaire, très féminin, a créé de nombreux emplois. Enfin, la crise de 2008 a touché les secteurs de la production, de l’intérim et de la construction, toujours très masculins.

En 2013, les femmes ont 30 % de chances de moins que les hommes de devenir cadres et ont un revenu salarial inférieur de 24 %


En 2013, suite à l’augmentation du nombre de cadres depuis 10 ans, à l’expansion du tertiaire et aux lois sur la parité, de plus en plus de femmes sont cadres. Pourtant, à caractéristiques et diplômes identiques, les femmes avaient 30 % moins de chances que les hommes de devenir cadres.

En 2014, le revenu salarial des femmes est de 24 % inférieur à celui des hommes. Par conséquent, les pensions des femmes retraitées sont 47 % plus faibles que celles des hommes. Également, les femmes partent à la retraite en moyenne à 61,1 ans, contre 60,2 ans pour les hommes.
Un constat qui inquiète l’INSEE : revenus faibles, espérance de vie plus longue, elles représentent environ les trois quarts des résidents des maisons de retraite !

84 % de mères à la tête des familles monoparentales


Quatre points essentiels :
  1. les femmes s’installent plus tôt en couple que les hommes et fondent plus jeune une famille ;
  2. après une rupture, les femmes avec des enfants se remettent moins souvent en couple que les hommes ; 
  3. 84 % de mères à la tête des familles monoparentales ;
  4. le niveau de vie d’une femme à la tête d’une famille monoparentale est 24 % moindre que celui de leurs homologues masculins.

Les clichés ont la vie dure


Les mentalités évoluent lentement. Très lentement. Mais dans le bon sens.
En 2002, 43 % des sondés pensaient que « dans l’idéal les femmes devraient rester à la maison pour élever leurs enfants ». Ils sont encore 26 % en 2012. Ce qui n’empêche pas 56 % d’hommes et 43 % de femmes de penser que les mères sont plus aptes à s’occuper des enfants. 46 % des hommes et 29 % des femmes pensent que les mères de jeunes enfants s’arrêtent de travailler parce qu’« elles en ont plus envie » ou qu’« elles savent mieux s’occuper des enfants ».

Les candidats à l’élection présidentielle 2017 et la question féminine 


Donc, nous sommes en 2017. L’âge des lumières. Le 21e siècle. Les voitures sont à deux doigts de voler. Le monde est au bord de la guerre. De plus en plus de fous dangereux à la tête de plus en plus de nations. Toujours des gens extrêmement concernés par l’égalité des sexes : il n’y a qu’à voir, ils passent leur temps à les comparer !
Qui a dit Donald J. Trump ?

Dead Man JM me disait un jour que l’égalité des sexes n’était pas gagnée : les hommes ont passé 6 000 ans à se chamailler pour savoir qui avait la plus grosse. Sur le coup, j’avais trouvé ça marrant. Maintenant, je commence à percevoir la vérité sous le gag.

Marine Le Pen et le Front National


Marine Le Pen propose de « défendre les droits des femmes », autant dire qu’elle ne propose rien.
Elle trouve cependant le moyen de ressortir les vieilles rengaines racistes de l’extrême-droite : « lutter contre l’islamisme qui fait reculer les libertés fondamentales [des femmes] ; mettre en place un plan national pour l’égalité salariale femme/homme et lutter contre la précarité professionnelle et sociale ».
Son silence tonitruant sur l’IVG trahit les désaccords au sein du parti. Marion Maréchal Le Pen a déclaré : « Il faudra revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’avortement, car les femmes sont des êtres responsables qui doivent être traités comme tels ». C’était aussi la position de Marine Le Pen il y a quelques années. Elle a depuis changé son fusil d’épaule : « Il n’y aura aucune modification, ni du périmètre, ni de l’accès, ni du remboursement de l’IVG ».
Marine Le Pen se présente souvent comme une femme active, divorcée et mère de famille. Il ne lui manque plus, comme François Fillon, que d’être incapable de joindre les deux bouts avec seulement 13 000 € par mois.
Sans surprise, c’est la misère.
Note : 2/20
(pour l’encre)

François Fillon et Les Républicains


François Fillon semble poursuivre l’œuvre de François Hollande (quand Dead-Men vous disait que Hollande était à droite). Il veut renforcer les dispositifs de signalement du harcèlement sexuel dans les entreprises. Il propose également d’augmenter les délais de prescription dans les cas les agressions sexuelles et les amendes concernant les agissements à l’encontre les femmes dans l’espace public.
François Fillon souhaite aussi donner la priorité à l’accès aux logements sociaux aux femmes isolées et augmenter les déductions fiscales (une réduction de charges pour les gardes d’enfant). Il parle en plus de donner un accès prioritaire aux crèches pour les familles monoparentales et de rendre leurs horaires plus flexibles.
Enfin, François Fillon veut renforcer les sanctions pour les partis qui ne respectent pas la parité.
Encore une fois, aucune surprise ; la politique de François Fillon est très paternaliste.
Note : 3/20
(parce qu’il y a un vague progrès depuis 2012)

Emmanuel Macron et En Marche !


Emmanuel Macron propose lui aussi de renforcer les contrôles dans les entreprises. Il expliquait sur France 2 souhaiter « que l’on rende publics chaque semestre les moins bons élèves en la matière. […] On crée de la pression dans l’entreprise par le dialogue social, par le contrôle que l’État doit faire et par une publication des listes. »
Emmanuel Macron veut instaurer un congé de maternité unique. Il compte aussi développer un « système de cotation des demandes » d’inscription en crèche et obliger « les communes à publier en ligne leurs critères d’attribution des places de crèche ».
Un programme vide, à l’image du reste de ses propositions anémiques. Et tout aussi paternaliste que celui de François Fillon. À se demander s’il ne l’a pas piqué au candidat de Les Républicains.
2/20
(parce que Fillon a l’excuse d’avoir 63 ans, tandis que Macron a 39 ans)

 Benoît Hamon et le Parti Socialiste


Avec Benoît Hamon, on commence à approcher de quelque chose de sérieux. Il commence par proposer de doubler le budget du ministère des droits des femmes.
Il prévoit également de créer 4 500 places d’hébergement spécialisé pour les femmes victimes de violences et 250 000 places d’accueil pour la petite enfance, avec des horaires plus flexibles.
Autre point qui montre que Benoit Hamon considère que l’égalité des sexes concerne les deux sexes, il prévoit d’allonger le congé paternité à six semaines, dont 11 jours obligatoires.
Au même titre qu’Emmanuel Macron et François Fillon, Benoit Hamon entend renforcer les contrôles et les sanctions pour les entreprises et d’augmenter le montant des amendes pour les partis ne respectant pas la loi sur la parité.
Enfin, Benoir Hamon propose la création d’une brigade spécialisée pour lutter contre les discriminations.
11/20
(malheureusement, c’est un peu léger)

Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise


Jean-Luc Mélenchon ne rentre pas dans les détails. Il veut « étendre à toutes les entreprises l’obligation d’adopter un plan ou un accord d’entreprise contre les inégalités de salaires et de carrière » renforcer les sanctions contre les entreprises qui passeraient outre.
Dans un registre proche, il souhaite revaloriser les métiers où les femmes sont majoritaires.
Jean-Luc Mélenchon est également favorable aux congés parentaux de durée identique.
Il parle aussi de faire adopter des lois pour lutter contre le sexisme, de faire inscrire le droit à l’IVG dans la constitution et d’abolir la prostitution.
13/20
(un bon début, mais un début, et encore, une ébauche)

Une vaste question que celle des droits des femmes


Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon sont les seuls candidats à développer un programme incluant les femmes. Paradoxalement, si Jean-Luc Mélenchon a le plus d’idées, c’est aussi celui qui les développe le moins. Si c’est un début, c’est bien. Si c’est tout, c’est peu.
Il faut dire que le sujet est vaste et que le principal problème vient de la mentalité des Français et des problèmes que posent les religions.
Donc, que faire ?
Voter, bien entendu, en votre âme et conscience, pour le meilleur candidat. Celui qui respecte le plus l’égalité des sexes. C’est assez simple, il ne semble y en avoir que deux. Parce qu’en toute honnêteté, être une femme et voter pour Le Pen, Fillon ou Macron, c’est se tirer une balle dans le pied.
Mais même si un candidat progressiste passe, il restera le problème des obtus. Comme le souligne l’INSEE, les mentalités évoluent. Mais nous sommes en 2017 ; Olympe de Gouges aurait 269. Il serait temps d’accélérer la cadence.

Il serait aussi temps que les candidats rassurent les mouvements LGBT, mais ça, ce n’est pas gagné.

Oui, il reste beaucoup de fronts de lutte et c’est loin d’être gagné. Parce qu’en définitive, c’est une conception rétrograde des sexes et de la sexualité dont il est question.


Post-scriptum : il s’agit d’une compilation de notes prises durant diverses lectures (Le Monde, Libération, La Croix, L’Humanité et l’INSEE, essentiellement).


Dead Woman Camille

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