Le racisme dans Dead Men’s Tales

Dead Men’s Tales est-il un récit raciste ? Plusieurs lecteurs/testeurs de Dead Men’s Tales ont rapporté être choqués par le racisme, par la description de la condition des Noirs dans le roman, ainsi que par l’utilisation d’un vocabulaire humiliant.

Mais un gouffre sépare le fait de parler du racisme et en faire l’apologie.

Dead Men’s Tales est un roman d’aventures sur toile de fond historique, et donc de racisme

Le commerce triangulaire

L’action se déroule à la fin des années 1670 et au début des années 1680. À cette époque, le commerce triangulaire se développe rapidement.

Commerce triangulaire entre l'Europe occidentale, l'Afrique subsaharienne et les Amériques.
Commerce triangulaire entre l’Europe occidentale, l’Afrique subsaharienne et les Amériques (source : Wilimedia).

En , Jacques Stuart constituer la Royal African Company et Louis XIV fonde la Compagnie du Sénégal pour faciliter l’importation des esclaves. Cette implantation sur les côtes africaines amorce la création de nouveaux circuits d’approvisionnement.

Les esclaves arrivent en masse aux Antilles, où’économie sucrière est en plein essor.

Évincée, la production de tabac trouve un nouveau souffle en Virginie et au Maryland. Les immenses plantations fonctionnent sur l’esclavage.

Hiérarchie entre les races

L’esclavage colonial, l’humanisme, les Lumières et la théorie du droit naturel se développent en parallèle en Europe.

La logique voudrait que la raison condamne le racisme. Malheureusement, les « nécessités » économiques sont autres.

Comment refuser à certaines populations les droits fondamentaux reconnus à l’Homme ? En instaurant une hiérarchie des races, tout simplement.

Ainsi, le Blanc devient le maître étalon. Le Noir est relégué à un rang inférieur.

La Géographie vivante d’Onésime Reclus, cours préparatoire et CM1 en 1926.
Un bel exemple de racisme institutionnel : La Géographie vivante d’Onésime Reclus, cours préparatoire et CM1 en (source : Wikimedia).

Dans Les origines du racisme (Shunpiking Magazine, no 38, janvier 2007), l’historien Isaac Saney remarque que les documents historiques attestent de l’absence générale de préjugés raciaux universalisés et de notions de supériorité et d’infériorité raciales avant l’apparition du commerce transatlantique des esclaves. Si les notions d’altérité et de supériorité existaient, elles ne prenaient pas appui sur une vision du monde racialisée.

Notons pour la petite anecdote que le même sort est réservé à la femme. Est-ce que la genèse de Dead Men’s Tales commence à prendre forme sous vos yeux ?

Une cruauté et un racisme inspirés par l’Histoire

Attention toutefois à ne pas tout mélanger. Si Dead Men’s Tales s’appuie sur des faits historiques, ce n’est pas un documentaire.

Le racisme, cette construction sociale

Aujourd’hui, la communauté scientifique rejette la notion de race, faute d’arguments biologiques. Mais longtemps, la race fut une représentation arbitraire s’appuyant sur des critères morphologiques, ethniques, sociaux, culturels ou politiques.

Nègre

Aujourd’hui, n’importe qui réfléchit à deux fois avant de lâcher le mot « nègre » dans une conversation.

À partir du 18siècle, le terme « nègre » est utilisé pour désigner les populations africaines ou d’origine africaine. Du fait de la nécessité en main d’œuvre, le « Nègre » devient une distinction de l’espèce humaine.

Mais au 17siècle, le mot n’a qu’une qualité descriptive et ne reflète pas encore totalement le racisme sous-jacent.

Étymologie

Le mot « nègre » vient du latin « niger », qui signifie « noir ».

Au 16siècle, les termes « negre » et « nigre » apparaissent dans l’ancien français. C’est alors un adjectif signifiant de « couleur noire ».

Il faut attendre pour que les frères Parmentier l’utilisent dans Voyage à Sumatra pour désigner une personne à la peau de couleur noire.

Toutefois, en français, l’emploi du mot « nègre » reste rare jusqu’au 18siècle, la langue préférant ceux de « neir » puis de « noir ».

En créole haïtien, le terme « nèg » indique un individu, quelle que soit la couleur de sa peau.

Un ressenti bien différent

Après des siècles de racisme plus ou moins institutionnel, de revendications identitaires et de poésie, l’emploi du mot « nègre » est compliqué.

Déjà, par respect. Car il s’agit d’un mot chargé de valeurs allant du nauséeux à l’admirable. Si vous vouliez un exemple du désastre humain qu’est le racisme, en voilà un.

Ensuite parce que le ressenti derrière ce mot varie énormément d’une langue à l’autre et d’un groupe à l’autre. Il n’a pas la même saveur s’il est utilisé par le grand Léopold Sédar Senghor ou par le pote du petit Donald Trump, le misérable David Duke.

Pourquoi naître esclave ? (1869), bronze de Jean-Baptiste Carpeaux.
Pourquoi naître esclave ? (1869), bronze de Jean-Baptiste Carpeaux (source : Wikimedia).

L’utilisation du mot « Nègre » dans Dead Men’s Tales

C’est pour toutes ces raisons que nous avons décidé de placer le mot « Nègre » dans la bouche de nos protagonistes, et de parfois l’utiliser au fil de la narration. Le terme choque certains lecteurs ? Alors, il y a tout un panel de questions à se poser, de réflexions à avoir. Et c’est naturel. Le contraire serait inquiétant.

À la fin du 17siècle, personne n’emploierait le terme « Noir ». Utiliser « Nègre » pour parler d’un individu reflète une certaine mentalité, un certain état des choses. Ce ressort sied à notre narration et à ce que nous disons.

Le commerce du « bois d’ébène » joue un rôle important dans Dead Men’s Tales. Les relations entre protagonistes et groupes d’individus sont définies par des notions de liberté, de nationalité, de couleur de peau ou encore de langue.

Dead Men’s Tales est-il un roman raciste et sexiste ?

Non.

Parle-t-il de racisme et de sexisme ? Absolument !

Une réponse sur “Le racisme dans Dead Men’s Tales”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *