Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

Comparer Star Wars et Valérian ne sert plus à rien : tout le monde connaît l’influence qu’a eue la bande dessinée européenne auprès du public underground américain des années 1970. On pouvait donc s’attendre à ce que Luc Besson signe un carton en sortant Valérian et la Cité des mille planètes. Ouais, c’est oublier qu’on a affaire à Luc Besson, justement.

Valerian & Star-Wars

Luc Besson, c’est un peu notre Michael Bay à nous. Il est certes populaire et il a du flair. Au moins il finance des films qui ont un poil plus d’ambition que les productions FR3 — Citroën — Régie Renault auxquelles nous sommes habitués en France. Mais il n’a pas plus de talent que de beurre au cul. Bref, Michael Bay, mais français.

Valérian de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières : le père de la SF moderne sur grand écran

D’accord, on pourrait discuter des heures là-dessus sans jamais être d’accord, mais en toute honnêteté, je m’en fiche royalement.

Quand le premier Star Wars sort en 1977, c’est une révolution qui change définitivement le visage de la science-fiction. Tout du moins au cinéma. Et pourtant, l’univers de George Lucas — ou du moins une grande partie de son visuel — existe déjà depuis près de 10 ans sous les plumes de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, respectivement scénariste et dessinateur de la bande dessinée Valérian et Laureline.

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

Durant les années 1970, Lucas (comme Zemeckis et beaucoup d’autres) fréquente Supersnipe, un comics shop à Manhattan. Et les rayons de l’établissement débordent de bandes dessinées européennes. Pour citer Philippe Druillet dans un entretien pour le site Konbini : « George Lucas a trouvé chez moi des choses qui lui correspondaient. Je trouve ça très bien. »

Chronique d’une mise en boîte

Malin, Luc Besson parie sur la popularité de Valérian et Laureline et engage 197 470 000 euros dans Valérian et la Cité des mille planètes. Ce qui en fait le film français le plus cher avec à peu près le même budget que Iron Man 2.

Star Wars est un succès, alors comment se planter avec l’adaptation de la BD qui a inspiré la saga ? Hein ? Pas con, non ?

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

Ouais, sauf que tout le monde connaît Star Wars et que presque personne, même dans la francophonie, ne connaît Valérian et Laureline (entre 2 et 3 millions d’albums vendus). C’est un très gros succès dans l’univers de la bande dessinée, mais ça s’arrête là.

Après tout, on s’en fiche ! Qui connaissait Star Wars avant le 25 mai 1977 ? La notoriété du matériau source joue certes un rôle dans la réussite au box-office, cependant, ça ne fait pas tout.

Valérian et la Cité des mille planètes en carton

Je suis le premier à dire que les effets spéciaux sont secondaires dans un film. Ainsi, les trucages de The Evil Dead de Sam Raimi sont diablement datés ; mais lors d’une projection en 2013 à Toulouse pour la sortie du reboot, le métrage a pourtant cloué le bec à une salle dont la moyenne d’âge ne dépassait pas les 25 ans.

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

En revanche, pour deux cents millions d’euros, j’estime avoir le droit de placer la barre un peu plus haut. Et certes, il y a de belles images dans le métrage de Besson. De belles images qui côtoient pléthore d’effets à faire saigner les yeux. Et ce malgré la participation de Weta Digital et de l’Industrial Light & Magic !

Transformer l’or en plomb

Pas besoin de se fouler avec Valérian et Laureline, tout se trouvé déjà dans le matériau source.

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

C’est sans compter sur le talent de Luc Besson qui parvient, en l’espace de 137 minutes, à priver son œuvre de style, de rythme et presque de scénario. Présentement, vous ne me voyez pas, mais je suis debout à applaudir.

Dans l’espace, personne ne vous entend ânonner

Déjà, le bonhomme de choisir Dane DeHaan et Cara Delevingne pour cabotiner devant la caméra. Le premier a la présence d’une courgette, la seconde celle d’un chou. Et tous les deux ont autant de talent que ces emblématiques légumes (à moins qu’ils aient fait un effort particulier pour le film). Certes, Cara Delevingne s’en sort un peu mieux que l’autre, mais pas de quoi se relever la nuit.

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

À leurs côtés, on retrouve une cohue de seconds rôles qui semblent tous être là au mieux pour le caméo, au pire pour la fiche de paie.
Dans cette dernière catégorie, Clive Owen devait probablement avoir un avion à prendre, tandis qu’Ethan Hawke et Rutger Hauer l’attendaient à l’aéroport.
Quant à Rihanna (sic), Herbie Hancock, Alain Chabat, Mathieu Kassovitz, Louis Leterrier et Olivier Megaton, ma théorie est que Besson possède des dossiers sur eux. À moins qu’ils aient perdu un pari.

Aussi, si quelqu’un pouvait abattre le dialoguiste, je pense que personne ne lui en tiendrait rigueur et que le tribunal se montrera clément.

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

Un film écologique qui recycle le recyclé

Ce qui m’a choqué a posteriori, c’est l’impression de voir un recyclage de tout ce qui s’est fait en SF depuis quelques années. Pourquoi aller pomper à Star Wars lorsque ce dernier s’inspire du matériau source ? Que j’ai détesté Avatar et beaucoup aimé le vilipendé John Carter, je n’ai aucune envie de retrouver ces films dans Valérian et la Cité des mille planètes ! Il y a largement de quoi faire pour s’en passer.

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

Non, si c’est pour faire en moins bien la même chose que les autres, ça n’a pas d’intérêt.

De la richesse rythmique du métronome

Saluons l’unité de rythme du film. Du début jusqu’à la fin, il n’y a aucune variation. Tout est filmé de la même manière.
Je salue donc l’audace de Luc Besson, qui balance par la fenêtre tout ce qui a été réalisé depuis Dickson, Lumière et Méliès pour revenir au principe de base du phénakistiscope. Et qui tourne inlassablement autour pour insuffler du mouvement et du dynamisme.

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

Et le pire, c’est que ça marche ! Nous voyons très clairement passer chacune des 137 minutes du film.
Du coup, peut-être que la présence de Rihanna est un hommage conceptuel ? Qui sait ? Les spéculations les plus folles sont permises.

Là où on va, on n’a pas besoin de scénario

D’accord, les albums La Cité des eaux mouvantes et L’Empire des mille planètes sur lesquels s’appuie le film ne sont pas les meilleurs de la série Valérian et Laureline. Ce sont même techniquement les deux premiers, normal qu’ils ne soient pas les plus aboutis.

Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson
Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson

Mais quand même ! Luc Besson a procédé à un amaigrissement de l’histoire et de l’univers qui a de quoi écœurer les âmes en peine ayant claqué des salaires entiers dans des régimes Weight Watchers !

Le spectateur subit les scènes les unes après les autres avec un vague fil conducteur. Ce faisant, il croise moult fois les trois mêmes personnages dans des corps différents. Il y a le bon, il y a le méchant, et il y a le gars au fond qui fait de la figuration et à qui personne n’a expliqué pourquoi il se trouvait là.
Je suis de mauvaise foi. En effet, au milieu, on tombe sur Alain Chabat.

Faisons simple pour ne pas perdre de temps : certains épisodes de téléachat ont plus d’envergure.

In fine

Luc Besson prend, avec Valérian et la Cité des mille planètes, le contrepet contrepied de la série éponyme de Christin et Mézières. Ils avaient su se montrer novateurs, ingénieux, visionnaires et audacieux.

En fin de compte, nous trouvons un spectacle qui se veut grandiose, mais qui se regarde dans l’indifférence. Ce n’est pas un très mauvais film, ce n’est simplement pas un bon film. Trop formaté, trop aseptisé, trop lisse, sans surprise et desservi par des choix discutables.

Au sommet de sa gloire, Besson n’était déjà pas bien brillant, même s’il savait produire des choses sympathiques. Et là, il n’est pas au sommet de sa gloire.
En tout cas, ça ne vaut certainement pas les 3 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende pour téléchargement illégal.

 

DM JM

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